AOUT R. Hummel & M. Feltin 2014

QUE SE PASSE-T-IL A L’INTERIEUR DE LA RUCHE

Août clôt la saison apicole. Il restera encore un peu de Lierre, quelques fleurs sauvages et quelques fleurs de jardin, dans des quantités très variables, mais on peut dire que dans les grandes lignes, l’époque des vaches maigres est bien là. Les premières abeilles d’hiver vont bientôt être pondues par la reine et avec les abeilles d’été qui vont disparaitre peu à peu et les mâles qui vont être expulsés, la colonie va atteindre doucement le nombre approximatif de 10 000 abeilles. C’est ce qu’il faut, au minimum, pour hiverner.

CE QUE DOIT FAIRE L’APICULTEUR SUR LES RUCHES

Il est temps de vérifier une dernière fois que la pression en varroa est basse et que les ruches sont assez grasses d’abeilles et de miel. Si vous avez fait votre traitement mi ou fin juillet, c’est très bien car les nourrices futures des abeilles d’hiver vont être exemptes de maladies et de varroa. Si votre traitement d’automne n’est pas encore fait, il est grand temps. Rappelons que les traitements au thymol et aux huiles essentielles nécessitent un traitement complémentaire à l’acide oxalique qui sera réalisé en décembre. Il est temps également de faire le point pour chaque colonie en se demandant :

    • La ruche est-elle assez peuplée?

    • A-t-elle assez de nourriture ?

    • Est-elle capable de passer l’hiver ?

Comme nous l’avons dit plusieurs fois plus haut, la question se pose surtout pour les essaims du mois de juin ou juillet. Le plus souvent les essaims primaires, secondaires ou tertiaires enruchés au mois de juin ou juillet ont eu le temps de se développer, mais ils n’ont pas eu le temps de faire assez de réserves. Ces colonies contiennent des jeunes reines précieuses, alors si elles sont assez peuplées, on leur donnera des cadres de miel conservés depuis la récolte. Une colonie avec une jeune reine hiverne souvent très bien avec relativement peu d’abeilles à condition d’avoir assez de provisions. Si vraiment il s’agit d’une très petite colonie sans ou avec peu de couvain, on la réunira alors à une autre en gardant les meilleurs cadres de chacune d’entre elles. Cette opération doit être faite avec précaution pour éviter une guerre entre les deux colonies.

Réunions de deux colonies :

La jeune reine de la ruche faible doit être sacrifiée malheureusement, ce qui pour moi est toujours un crève-cœur. A mon avis, il y a toujours des moyens moins radicaux pour sauver une petite colonie surtout à cette époque de l’année. Mais si vraiment, c’est inévitable… les abeilles qui accompagnaient la reine que vous avez sacrifiée, après un orphelinage d’une ou deux heures sont placées avec le corps de ruche sur la ruche à renforcer séparées avec deux feuilles de papier journal contenant en sandwich une couche de miel. Le papier journal sera rogné par les deux colonies qui vont se rencontrer alors en douceur. Quelques jours plus tard, on enlèvera le corps du haut et on réorganisera la ruche pour l’hivernage.

Renforcer une colonie faible :

Si on veut éviter le sacrifice d’une jeune reine, on peut également apporter un ou des cadres de couvain, fermés de préférence, sans abeille dessus bien sûr, issus d’une autre ruche très forte. Cette opération n’affaiblira pas trop la ruche très forte et renforcera considérablement la colonie faible. La jeune reine entourée subitement de nombreuses jeunes nourrices pondra d’avantage et si en plus on l’aide avec un nourrissement stimulant, la ruche sera sauvée. Si on n’a pas de cadre de couvain disponible et qu’on ne veut pas faire de réunion, on ne peut qu’espérer que le lierre et une belle arrière-saison relanceront la ponte… Mais de toute façon, il faut nourrir au sirop léger stimulant 50-50 (ruches manquant d’abeilles) ou au sirop lourd 70-30 pour un stockage (ruches manquant de provisions). Réduction de volume :

Une réduction du volume de la ruche aide très souvent une colonie faible à se développer plus rapidement. Il ne faut donc pas hésiter à mettre des partitions, à enlever un élément de divisible ou à utiliser une ruchette avec un nombre réduit de cadres. Une fois la colonie assez forte, on pourra toujours agrandir s’il le faut.

Traitement anti varroa :

Le traitement anti varroas doit se faire le plus tôt possible dans la saison, car il est prouvé qu’un traitement fait très tôt augmente les chances de survie des colonies hivernées. Il sera donc fait tout de suite après le léchage des hausses extraites. On aura ainsi des nourrices en bonne santé qui pourront élever de manière saine les futures abeilles d’hiver. Si vous utilisez des lanières, le traitement est simple et rapide. Les autres traitements par

« suffocation » demandent plus de précautions. Les traitements au thymol ou au thymol/huiles essentielles (Tymovar, Apiguard, Apilifevar…) doivent être faits dans une fourchette de température entre 15 et 25°C. Il faut donc être attentif à la météo, car au-dessous de ces températures, les produits ne sont pas efficaces et au-dessus, les vapeurs peuvent êtres nocives pour les abeilles. Pour ces traitements, il faut aussi impérativement avoir des fonds grillagés, car un grand nombre de varroas, lâchent leurs proies par suffocation et tombent vivant au fonds de la ruche. S’ils ne tombent pas au travers d’un grillage, ils se fixeront à nouveau sur les abeilles. Les traitements à l’acide formique sont réputés pour affaiblir les colonies, un tel traitement sur une colonie faible ne lui laisserait aucune chance de passer l’hiver. Éviter donc ce traitement sur vos petites colonies.

Nourrissement stimulant :

Au mois d’août, les premières abeilles d’hiver sont pondues. Certains apiculteurs prétendent qu’il n’est pas nécessaire de stimuler la ponte de la reine à cette époque. Cette théorie est sans doute vraie si on a des colonies fortes et en bonne santé. Dans ce cas un nourrissement au sirop lourd pour le stockage des provisions d’hiver est suffisant. Mais si on a des colonies moyennes ou faibles avec peu d’abeilles, je pense pour ma part qu’une petite stimulation de la ruche ne peut qu’être bénéfique. On donnera alors à la ruche 200 ml d’un sirop léger (50 : 50) à 2 jours d’intervalle et ceci pendant deux à trois semaines. Cet apport de nourriture fait penser à la colonie qu’une miellée est en court. Les abeilles nourrices sont mieux nourries, produisent plus de gelée royale, nourrissent mieux la reine, qui se met alors à pondre plus d’œufs. Ceux-ci produiront de précieuses abeilles d’hiver. Ce procédé aide au développement de la colonie, mais le sirop léger est consommé dans sa totalité par les abeilles et n’aide en aucun cas à étoffer les réserves hivernales.

Nourrissement :

Les réserves faites durant toute la saison ayant été prélevées par l’apiculteur, il faut donc compenser une partie de ce prélèvement par l’apport d’un sirop lourd. Rappelons que le sirop que nous donnons à nos abeilles est principalement du saccarose. Celui-ci doit être transformé en miel par l’abeille avant d’être stocké, c’est-à-dire en glucose et fructose principalement. Il vaut mieux faire faire ce travail épuisant par les abeilles d’été qui sont encore présentes dans la ruche. Si vous commencez à nourrir le mois prochain, une partie de ce labeur sera fait par des abeilles d’hiver qui seront épuisées avant l’heure. En conclusion, pour le bien des futures abeilles d’hiver, le traitement contre le varroa et le nourrissement doit être fait le plus tôt possible après la récolte.

Rappelons qu’une quinzaine de kg de nourriture sont nécessaire à une belle colonie pour hiverner sans problème. Si vous laissez à la colonie, une dizaine de kg de miel se trouvant dans le corps de ruche ou dans l’élément haut d’une divisible, il restera approximativement 5 kg à apporter à la colonie pour qu’elle soit prête à hiverner. Mais il faut préciser que c’est 5 kg de sucre pur (ou matières sèches), ce qui signifie que si vous nourrissez avec un sirop lourd du commerce qui est en général à 75%, il vous faudra en réalité donner 6.25 kg pour que les abeilles stockent 5 kg de miel. Si vous faite votre sirop vous-même avec du sucre blanc cristallisé à la concentration de 60:40 (6 kg de sucre dissous avec 4 litres d’eau) il vous faudra, comme le montre le tableau ci-dessous, leur donner 7 kg de ce sirop pour qu’elles puissent stocker 5 kg de réserves ou 14 kg de sirop pour des réserves de 10 kg.

Equivalent de sirop de différentes concentrations pour obtenir l’équivalent de 5 ou 10 kg de sucre pur :

Mélange sucre : eau

% de matières sèches

Equivalent pour 5 kg de sucre pur

Equivalent pour 10 kg de sucre pur

En kg de sirop

60:40

60%

7

14

70:30

70%

6,5

13

75:25 *

75%

6,25

12,5

    • En général la concentration des sirops du commerce.